Passer au contenu

Covid-19 à Saint-Étienne : des étudiants infirmiers essorés et muselés

Sur le front de la pandémie depuis plusieurs mois, les étudiants infirmiers de la région de Saint-Étienne dans la Loire dénoncent aujourd’hui les pressions et injonctions qu’ils auraient subies. Selon eux, elles auraient un seul objectif : passer sous silence leurs conditions de travail dans les unités Covid et les EHPAD, ainsi que leurs futures lacunes dans la formation en soins infirmiers.

Publié le 20 décembre 2020

Épicentre de l’épidémie il y a encore quelques semaines, la région stéphanoise a vu ses hôpitaux submergés lors de la deuxième vague de contamination au Covid-19. Dans tous les établissements, privés ou publics, de nombreux étudiants en soins infirmiers ont été réquisitionnés, certains pendant leurs périodes de stage obligatoire. D’autres ont aussi décidé d’y travailler les soirs ou les week-ends, en plus de leur formation. Tous racontent que le travail fut « pire qu’en mars ».

Anna* (les prénoms des étudiant.es infirmier.es ont été modifiés), étudiante inscrite à l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) Saint-Etienne Bellevue, témoigne auprès de nous : « On se sent abandonnés, tant au niveau de la rémunération que du suivi de la formation ». Elle raconte la culpabilisation dont auraient été victimes plusieurs étudiants : « Certaines directions d’instituts de formation nous disaient que c’était notre rôle d’aller travailler dans les services Covid. Mais nous avions peur, notamment que notre formation soit en danger. »

La « peur des répercussions »

Par le biais d’un vademecum publié en mars, le ministère de la Santé a remis le sort des étudiants infirmiers pendant la crise sanitaire entre les mains des Agences Régionales de Santé (ARS), chargées d’appliquer la politique dudit ministère en région. « Ils peuvent faire un peu ce qu’ils veulent de nos formations », décrit Bleuenn Laot, présidente de la fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI).

Et c’est justement cela que les étudiants ont cherché à dénoncer : le manque d’information et de reconnaissance. « Quand on entend que plusieurs IFSI (instituts de formation en soins infirmiers, ndlr) et CHU sont pertinemment au courant que les étudiants font des remplacements infirmiers pendant leurs stages, tout le monde ferme les yeux », poursuit-elle.

Bleuenn Laot explique que certains étudiants auraient remplacé des infirmier.es diplômé.es sans aucun contrat attestant de leur statut de « FFI » : faisant fonction infirmier. « C’est parole contre parole. On arrive le matin, il manque un infirmier, alors on le remplace. »

Contactée début novembre pour un simple renseignement sur les conditions de travail dans les unités Covid de la région stéphanoise, la FNESI nous prévient que la tâche d’investigation ne sera pas aisée : « Nous sommes en contact avec des étudiant.es, mais la pression des IFSI et des CHU est telle qu’ils refusent de parler par peur des répercussions ! »

La suite de cette enquête est à lire ici.

Image d’illustration par Markus Winkler